Dans les coulisses du traducteur de messages d'alerte
Comment un texte collé par un lecteur devient une réponse en mots simples : la lecture, la comparaison choisie, le dessin et la relecture, racontés par l'illustratrice.
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Un texte collé, une question simple
Tout commence par quelques lignes que vous copiez depuis une fenêtre apparue à l'écran et que vous collez dans le traducteur. Parfois c'est une phrase courte, parfois un paragraphe entier plein de mots anglais, de sigles et de formules qui ressemblent à des menaces. Je suis illustratrice, et c'est pourtant moi qui reçois ces textes en premier sur mon bureau, car chaque réponse doit pouvoir se dessiner avant de s'écrire.
Ma première lecture se fait sans chercher à bien faire. Je me demande seulement ce que la machine veut vraiment : une permission, une confirmation, une information, ou bien un piège. Beaucoup de messages disent une chose très simple avec beaucoup de détours. Mon travail consiste à retrouver cette chose simple, à la nommer, puis à trouver l'objet de la vie courante qui lui ressemble.
Choisir la comparaison avant le dessin
Une fenêtre qui demande l'accès à vos photos, par exemple, ressemble à quelqu'un qui sonne à votre porte et demande à entrer dans une pièce précise de la maison. Une demande de mise à jour ressemble à l'entretien annuel d'une chaudière : on peut le repousser un peu, mais pas indéfiniment. Ces images ne sont pas décoratives, elles portent la réponse.
Je teste chaque comparaison de la même façon : si elle oblige à une longue explication, elle est mauvaise. La bonne comparaison se comprend en un coup d'œil, même pour quelqu'un qui n'a jamais touché une souris. Il m'arrive d'en essayer quatre ou cinq avant d'en garder une, et d'en abandonner une qui me plaisait parce qu'elle laissait croire que le danger était plus grand ou plus petit qu'il ne l'est.
- La comparaison doit venir d'un objet que tout le monde a déjà tenu en main
- Elle ne doit jamais minimiser un vrai risque
- Elle doit mener directement à un geste : cliquer, refuser ou fermer
Écrire la réponse en mots de tous les jours
Une fois l'image trouvée, Catherine Lemaire, notre rédactrice en chef, reprend le texte avec moi. Ancienne enseignante, elle traque chaque mot qui demanderait lui-même une explication. Si la réponse contient « paramètre » ou « serveur » sans les avoir présentés, elle la renvoie. Nous préférons trois phrases courtes à une seule phrase élégante mais difficile à suivre.
La réponse comporte toujours trois choses dans le même ordre : ce que dit la fenêtre, ce qu'elle demande réellement, puis ce que nous vous conseillons de faire. Quand le message est ambigu, nous le disons franchement plutôt que de trancher à tort. Il vaut mieux écrire que nous ne pouvons pas juger d'un message sans voir d'où il vient, et vous inviter à demander l'avis d'un proche ou de votre banque.
Distinguer un message honnête d'un message piégé
Certains textes collés ne viennent pas de votre ordinateur mais d'un courriel ou d'un SMS qui imite une fenêtre officielle. Dans ce cas, la réponse change de nature : il ne s'agit plus d'expliquer, mais de prévenir. Nous cherchons les signes que Julien Dubois, qui anime nos ateliers, répète souvent aux participants : une urgence inventée, une faute de langue, une demande de mot de passe.
Pour que ce soit parlant, j'utilise l'image du facteur et du faux facteur. Le vrai facteur connaît votre nom, ne vous presse pas et ne demande jamais le code de votre carte à votre porte. Cette comparaison revient souvent, parce qu'elle donne un réflexe facile à retenir et qui ne dépend d'aucun vocabulaire technique.
- Une demande pressante est rarement honnête
- Un mot de passe ne se donne jamais en réponse à un message reçu
- En cas de doute, fermer la fenêtre ne coûte rien
La relecture, étape qu'on ne saute pas
Avant d'être envoyée, chaque réponse passe par une relecture croisée. Marc Delvaux vérifie que le texte reste lisible à l'écran, avec une police assez grande et des contrastes suffisants, et que les lecteurs qui utilisent un logiciel de lecture vocale n'y rencontrent pas d'obstacle. Cela change parfois la manière d'écrire : un dessin n'aide que si son sens est aussi dit en mots.
Nous relisons aussi en nous mettant à la place de quelqu'un d'inquiet. Une réponse correcte mais sèche peut angoisser. Nous ajoutons donc une phrase qui rassure sans promettre l'impossible, par exemple que cliquer sur le mauvais bouton arrive à tout le monde et se rattrape souvent. Cette retenue fait partie du travail, au même titre que le dessin.
Derrière une réponse de quelques lignes, il y a une lecture attentive, une comparaison éprouvée, un dessin et plusieurs relectures. Nous ne cherchons pas à aller vite, mais à ce que vous refermiez la fenêtre en sachant ce qu'elle voulait et pourquoi vous avez répondu ainsi. Si un message vous inquiète ces semaines d'automne, collez-le dans le traducteur : nous le lirons avec la même patience que s'il venait de notre propre boîte aux lettres.